Voyager en van – Plus qu’un fourgon, plus qu’une maison : un véritable compagnon.

La première fois que je l’ai vu, dans un quartier branché de Brisbane, il était rutilant, d’un blanc crème immaculé et paraissait même trop neuf pour être un campervan australien. Même les pneus brillaient et pas une poussière ne trainait sur le tableau de bord. Tellement propre et vide qu’il en semblait austère et sans âme, à des lieues d’un combi VW aux couleurs arc-en-ciel avec des fleurs hippies sur la calandre.
Mais alors, qu’est ce qu’y m’a poussé à l’acheter, lui le White Wombat, au détriment d’un autre van à l’allure plus avenante ? Car il était bien 6 à 8 ans plus jeune que les autres véhicules visités et surtout il possédait le Safety Certificate : ce bout de papier vous certifie que le véhicule est en bon état et passe l’expertise. Je me suis dit que je voulais essayer d’éviter de tomber en panne dans l’Outback ou tout autre coin paumé.

J45 / Thème libre : Ennuis mécaniques ?
Comme quelque chose qui tourne pas rond avec ce véhicule

Les précédents propriétaires, un couple -début trentaine débonnaire- s’en allaient en Nouvelle-Zélande et me l’ont cédé pour 4000$. Le Toyota Townace affichait 286’000km et des poussières (au compteur,  j’ai dit), un épais king-size bed à l’arrière, quelques accessoires de cuisine, un extincteur, un nécessaire de snorkeling et les CD laissés par les prédécesseurs allemands : des compiles oscillants entre Benny Benassi et du bon rock teuton. Avec ça j’étais sûr de pouvoir sereinement tailler les vastes étendues australiennes : Sydney, Melbourne, Tasmanie avant de traverser l’Outback jusqu’à Darwin et peut-être même pousser jusqu’à Perth. Une folle épopée en perspective !

J34 / Auto-portrait : En route pour Perth
Perth ? Oui ben oui c’est tout de l’autre côté

Gary, l’allure surfeur de la Gold Coast, m’a aidé à remplir les papiers du transfert. Vérification du passeport, carte de crédit et une adresse magouillée plus tard, le véhicule était à mon nom. J’ai acheté un peu de vaisselle supplémentaire et j’ai filé en bord de plage cuisiner mon premier morceau de poulet sur le réchaud à gaz portatif.
Un plein plus tard (1.399$ le litre), je filais au sud avec du Jack Johnson dans la sono avec pour but d’acheter un chapeau qui me donnerait bonne allure dans le White Wombat, ce surnom laissé par Gary.

Au milieu de la forêt d'eucalyptus, renmplie de moustiques
Vous êtes sur que c’est sûr ?

Le premier signe avant coureur de problèmes fut quand j’eu peine à démarrer après une nuit sauvage dans une forêt d’eucalyptus. Sauvage dans le sens que je suis pas sur que c’était autorisé, pas dans le sens que j’ai embarqué une auto-stoppeuse nymphomane. Je te connais, c’est pour ça que je précise.
L’origine, donc, du démarrage difficile, ne pouvait pas être la batterie, elle n’avait que six mois et elle lançait bien. C’était plutôt un CLIC lorsque je tournais le contact, ensuite il fallait plusieurs essais pour démarrer.
Et puis j’ai rallié Sydney sans plus m’en inquiéter.
Ce ne fut seulement que lorsque je suis parti pour Melbourne et que j’ai du faire plusieurs fois le plein d’huile et, pire, le plein de liquide de refroidissement que j’ai commencé à me dire qu’un boulon tournait hexagonal.
C’est donc avec un bidon supplémentaire d’huile et de coolant qu’on a mis le Wombat sur le ferry en direction de la Tasmanie, Valentin m’ayant rejoint entre-temps pour la plus grande île au sud de l’Australie. L’Australie étant toujours la plus grande île au Nord de la Tasmanie.

Bientôt au campement copain
Valonneux en Tasmanie

C’est sur cette île froide et pluvieuse que le WombatMobil nous a fait quelques belles crasses, le plein de coolant devant se faire en même temps que le plein d’essence et les allumages difficiles fréquents. Mais le pire est quand même survenu en revenant d’une excursion sur deux jours aux Walls of Jerusalem, une montagne qui nous a vu nous éveillé sous la neige un automne de fin mars.
Le van n’a pas voulu redémarrer. Pour de bon, et c’était plutôt mauvais.

Walls of Jerusalem, petit matin, 0°C
The Walls of Jerusalem, de quoi renouveller sa foi lors d’une panne au milieu de rien

Moment d’angoisse : on se trouvait au bout de 20km de route non goudronnée, isolé dans un Parc National, presque plus de prévisions, un froid de canard et pas grand monde dans les parages… Paysage posé.
On a commencé par refaire le plein d’huile, de coolant et on a même fini par gratter les contacts corrodés de la batterie. Rien n’y fait, le van ne produit que le hinhinhinhinhin du démarreur qui tire sur la batterie. Comme je me sentais désappointé d’avoir entrainé Val dans cette galère! Même si lui le prenait avec philosophie (c’est vrai,  ça lui changeait du boulot).
Lorsque je commençais à perdre espoir de pouvoir partir avant la nuit, un local qui devait être le neveu du Père Noël a débarqué. Profitant de la descente, on a fini par le démarrer en push-start après une demi-douzaine d’essais.
20km plus loin on mettait les 5l du jerrican de réserve sans quoi on ne serait pas arrivé à la prochaine pompe.

Trois jours après, on a profité d’une autre petite rando (7jours, 85km les pieds mouillés ; récit ici) pour laisser le van à un garagiste d’Hobart. Un gros service plus tard qui m’a couté un rein, le White WombatMobil était à nouveau d’attaque !

The White Wombat_
Le White Wombat qui flash !

Un campervan en Australie, c’est bien plus qu’un véhicule : c’est aussi son logement, je dors mieux dedans que dans n’importe quelle auberge de jeunesse.
Un campervan en Australie, c’est bien plus qu’un véhicule : c’est aussi sa cuisine ; poulet au curry, crêpes, burger de kangourou, tartines de nutella et café du matin, tout y passe.

My typical breakfast
Un p’tit déj standard en Road trip

Un campervan en Australie, c’est bien plus qu’un véhicule : c’est aussi un lieu sécurisant, sa bulle où on est tranquille.
Un campervan en Australie, c’est bien plus qu’un véhicule : c’est aussi un karaoké depuis que j’ai acheté un transmetteur FM pour y brancher mon iPod.
Un campervan en Australie, c’est bien plus qu’un véhicule : c’est aussi sa garde-robe, avec les caleçons qui sèchent en travers de l’habitacle.
Un campervan en Australie, c’est bien plus qu’un véhicule : ça donne aussi un statut social de backpacker bobo.

Internet en voyage // Comment rester connecté
Reggie the Hobo and his MacBook Pro

On passe beaucoup de temps dans et avec son van. Jamais bien loin, il délimite et conditionne tout notre voyage, on lui parle et on lie une complicité bien sur. C’est probablement pour toutes ces raisons que ces véhicules sont baptisés par leurs propriétaires, avec des noms tels que Bernard, Kangouroule ou Boby-Yo.
Et un campervan ça a aussi une âme. Et ça aime faire des farces. Je me rappèle de la fois où on enfourne les provisions dans le coffre et je lance au Valonneux « Mais je me suis parqué là? » avant de s’apercevoir que le Wombat a profité de la déclivité pour s’avancer de 10m. Jusqu’à providentiellement s’arrêter dans la rigole au milieu du parking.
Ou de la fois où on s’est embourbé dans du sable meuble. C’est comme ça que je me suis rendu compte que c’était un propulsion.
Ou de la fois, enfin, les fois, où j’ai laissé les clés à l’intérieur. Heureusement qu’il y avait une « astuce » pour ouvrir le coffre.
Je crois que le seul ennui jamais essuyé fut de changer une roue…

2011.06.27_Pinnacles-29
Le Wombat dans les Pinnacles

Au final, j’aurais conduit 19’466km en 4 mois et demi, passé des heures le cul derrière le volant, le paysage défilant.

Je ne dénombre pas les nuées de moustiques et moucherons collés à la carrosserie, bien que je n’aime pas percuter plus gros que ça. Comme la fois où j’ai fait à Claudia, ma passagère mexicaine :

– Look ! A bunny !
– Where ? Where ?!
*Klunk*klunk* – double craquement du lapin sous les firestone
– Euh, maybe forget about it, ok ?

Je suis aussi malheureux pour les libellules, papillons et même les robustes criquets qui font un gros BONG, carapace contre carrosserie.

J53 / Thème libre : L'invasion de sauterelles
Les criquets qui font BONG

Mais le pire ce sont les oiseaux et les kangourous.
Une fois j’ai failli provoquer un accident, lorsqu’une 50ène de kakadus, des perroquets blancs à la crête couleur citron ont commencé à décoller en travers de la route. J’ai commencé à ralentir, sans me préoccuper des copains qui me suivaient dans leur wicked campervan. Le détail ? Ils se faisaient coller le train par une énorme bétonneuse. Celle-ci a laissé un nuage de gomme en écrasant le frein, ce qui a fait s’exclamer mon passager Nicolas « oh putain, oh putain ». Concentré sur les perroquets et un autre road train arrivant en face, ne sachant pas ce qu’avait vu Nicolas, genre un kangourou que sais-je?, j’ai freiné encore plus… Les copains derrière ont cru finir dans un sandwich de tôle en ne voyant plus que les phares du poids lourd dans la lunette arrière.

2011.07.08_Perth-4
Une route avec du trafic. Ca change de l’outback

Karma ne m’a pourtant pas récompensé pour avoir épargné les perroquets, un mois après un volatile a fini par s’écraser le bec, réduisant le phare en étoile. Mon passager à l’humour noir m’a sorti de son ton le plus sérieux I think they play a game : The last who cross the road gets killed. Et malheureusement ils sont plutôt joueurs. Je n’aime pas voir les plumes voltiger après l’impact.

Welcome to Glendambo
Euh vous auriez pas par hasard des glaces pistaches ici ?

Au fur et à mesure que je m’enfonçais dans l’Outback, j’ai vu le prix de l’essence grimper. Grimper. Grimper. Les pompes se faisaient plus distantes aussi, il était courant de conduire 200km sans en croiser une. Sans croiser grand monde tout court en fait.
Le plus cher que j’ai payé, ce fut $2.12 le litre !! Dans ce genre d’endroit, quand tu demandes si tu peux prendre une douche au camping adjacent, ils te répondent : C’est $25, mais à ce prix-là t’as le droit d’y passer la nuit et profiter de la piscine.
A ce tarif, tu utilises ta douche solaire et tu regardes ta carte : combien de kilomètres te séparent de la prochaine station essence.
Calcul fait, j’ai mis 5l dans le réservoir. Arrivé à la station suivante, un joli panneau déclinait ces lettres, mot pour mot : NO FUEL. Cool. Super.
Heureusement que j’étais en conduite économique et que le plat pays m’a permis de rallier le poste de ravitaillement suivant.

2011.05.14_outback-27
En panne ? Je m’en fous j’ai mes tongs

Dans des endroits comme ça, tu ne veux pas tomber en panne. D’ailleurs, entre les carcasses de vaches et de kangourous, tu trouvais des épaves, calcinées pour la plupart. Des gens qui n’ont pas pu payer le remorquage.
Moi, j’ai souscris à une Road Side Assistance dans une Royal Automobil Club: pour environ $140, ils viennent te dépanner gratuitement n’importe où. Bon pour cela il aurait fallu trouver un téléphone avant. Heureusement, je n’en ai jamais eu besoin.

J'ai acheté un van, 850'000km, 4 roues, plein de matos dans le coffre et sur le toit, une sacrée affaire !
Mmmh, il me plait bien mais je vais réfléchir encore

J’ai toujours essayé de prendre bien soin de WWM, mais il arrive parfois que tu doives emprunter une route non goudronnée pour pouvoir te rendre dans un lieu particulier. Certaines routes sont dans un état pitoyable, pareil que de rouler sur de la tôle ondulée, mettant les suspensions au supplice et les nerfs en pelote. Sur parfois 50km, et c’est que l’allé. Mordez votre brosse à dents électrique pendant 1h pour voir.

2011.06.24_Kalbarri-48
T’as déjà mordu ta brosse à dents électrique ?

Deux solutions, soit rouler touuuut douceeeement ou alors très vite. Très vite, genre 80km/h, on vole sur les bosses avec pour conséquence moins d’adhérence, bonjour les drifts. Et il faut éviter les gros nids de poule et de devoir freiner brutalement. Si tu freines, tu comprimes les amortisseurs et c’est encore pire.
J’ai détesté ces routes, dans ces moments j’aurais voulu avoir acheté un 4×4. Mais à chaque fois au bout il y avait une récompense, comme la chute d’eau et les bassins de Gunlom dans Kakadu, des gorges magnifiques aux Karijini, the Natural Window à Kalbarri ou encore the Pinnacles.

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Les nuits peuvent être… fraiches, même dans le désert.

Le plus gros défi, au final, aura été de revendre mon fidèle destrier dans l’hivers de Perth. Un vrai casse-tête, avec des annonces sur gumtree ainsi que dans une 20ène de de backpackers à 30km à la ronde. Moi qui espérait en tirer un bon prix et le vendre en deux jours… En deux semaines j’ai baissé deux fois le prix et 3 jours avant mon vol pour quitter le pays, je l’avais toujours sur les bras.

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Deux semaines de galère

Je l’ai vendu la veille de partir, à un couple d’Allemands. Quel soulagement, j’en avais des nuits blanches.

Mais si c’était à refaire, j’aurais refait exactement pareil. Parce qu’un van en Australie, it’s worth it.

R_

J55 / Détail du quotidien : Les levers du soleil dans le van
WWM, tu me manques…

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2 réponses à Voyager en van – Plus qu’un fourgon, plus qu’une maison : un véritable compagnon.

  1. Remi dit :

    De superbes photos et une belle histoire d’amour avec ton van 😉

  2. Flosh sur virusphoto dit :

    Que de souvenirs tu me rappeles la! (meme galere pour revendre le van mais a Sydney… on l’a revendu a 21h, on devait etre a 8h le lendemain a l’aeroport xD)

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