ITW // Romain Chassagne : voyage, paysage et mise en scènes

Listen..

This is a good image for introduce Scotland. A scotman, a kilt, a bagpipe, scotman's socks, some green grass, some cloud 🙂 What else ? Nessie in background maybe ??..

Romain Chassagne, aussi connu sous le pseudo de RomImage sur la toile, est un photographe qui m’a beaucoup inspiré à mes débuts. Mon image Beach Fighters, c’est à lui que je la lui doit. Docteur en math et chercheur dans la mécanique des fluides à Cambridge, Romain est également passionné par la photographie de voyage et de paysage, alors faisons un bout de chemin avec lui :

Salut Romain, alors quand et comment es-tu venu à la photographie ?

J’ai toujours aimé l’image en tant que représentation scénique d’un instant. Dès mon plus jeune âge j’ai toujours aimé la peinture et surtout les Chiaroscuro (Clair obscur, Caravaggio, Rembrandt, de la Tour, Vermeer, Wright, Da vinci, Geertgen tot Sint Jans, Gerrit van Honthorst). Comprenant assez vite que je n’avais pas de prédisposition particulière pour le dessin et la peinture, je n’ai pas poussé plus en avant ce domaine là. Adolescent  j’étais passionné par l’infographie 3D, pouvoir recréer un monde, une ambiance, jouer avec les lumières. Les caméras étaient réellement une activité qui me prenait une grande partie de mes loisirs. Pendant mes loisirs à l’université je me suis alors tourné vers le court-métrage, là aussi beaucoup de temps passer à concevoir, réaliser et surtout à monter des films. Avec un petit groupe d’amis on a passé quelques étés à faire de petits courts-métrages en 3d et en film, mais aussi en mêlant les deux. Ce furent de belles années fort créatives. Et puis comme tout le monde a dû s’en rendre compte, plus on vieillit et plus le temps passe vite. Les activités précédentes étant très chronophage, j’ai tout simplement arrêté. Quelques années plus tard c’est lors d’un voyage professionnel à Zaragossa que l’amour pour la photo s’est vraiment révélée. J’avais lors de ce voyage un petit compact numérique et j’ai vraiment pris du plaisir à arpenter les rues et essayer de capter des ambiances. J’ai continué un petit moment à faire des photos avec cet appareil, puis je me suis vite heurté à ses limites. J’ai donc commencé à me renseigner sur les reflex, puis j’ai acquis mon premier : un Pentax K100D super, suivit plus tard d’un Pentax K10D puis encore plus tard de mon actuel Nikon D700. Finalement j’ai toujours aimé travailler l’image, et au fil du temps j’ai fini par trouver un bon compromis entre temps et plaisir à y consacrer.

I fell at Gettysburg..

I took the shoot during a historical bazaar at Wimpole Hall (National trust), Cambridgeshire. The man is used to be a part of reeactment, he explain me all objects he had on a little table, in front of him, the difference weight of the gun with and without the bayonet.
With his out of time face, he perfectly play the role of the american civil war soldier.

Quelle place occupe-t-elle aujourd’hui dans ta vie ?

Une place assez grande, étant donné que lors de mes voyages je me charge en volume et en poids  supplémentaire. La grande majorité de mon parcours de voyage est décidé par les photos que je veux faire. Lorsque je ne voyage pas, je traite mes photos, les range, ajoute des textes attachés et parfois je fais un livre de mon voyage. Lorsque je me déplace j’emporte assez souvent mon appareil. Peut-être ne l’utiliserai-je pas mais si il y a de la matière photographique je ne le regretterai pas. Même quand je suis sans mon matériel, je ne peux m’empêcher de regarder avec l’œil du photographe, voir même d’emprunter un compact ou bien un téléphone portable, juste pour le plaisir de cadrer et de capturer un moment sans nécessairement garder la photo par la suite. Mais je sais aussi prendre le temps de ne pas faire de photo, de ne pas amener mon matériel en promenade et savourer l’instant présent, quel qu’il soit. Capturer avec ses yeux,  partager avec son entourage et garder ses moments pour soi.

Jet lag

Kuala Lumpur, 11 hours of flight, 8 hours of jet lag, 4 AM, can't sleep anymore. I took advantage of the nice view from my room, waiting for dawn. The making of this photograph was quite funny and unsual for, me, because this time I didn't take my tripod and then I improvised one, by stacking different objects.

Qu’y a-t-il dans ton sac photo ?

Cela dépend bien sûr s’il s’agit d’une sortie photo durant un après-midi où une randonnée dans la  montagne de 5 jours. On va prendre ce dernier cas : mon Nikon D700, un Nikon 24mm pce f2.8 et un Nikon 85mm f1.8, un chiffon, un pinceau, 2 batteries supplémentaires (je préfère des batteries supplémentaires au poids et volume d’une poignée d’alimentation), 3 cartes mémoires, un filtre ND400. J’utilise en permanence deux petits sacs, un pour le boitier et l’autre pour l’objectif non monté. Pour une randonnée au-delà de plusieurs heures je les mets dans un sac à dos de randonnée. Parfois un pied vient compléter le tout. Je n’ai jamais trouvé très pratique les sacs photos soi disant pour la randonnée, je préfère avoir un vrai sac de randonnée, prévu pour le portage et y mettre dedans mes petites sacoches photos.

The cam river at Autumn time

A morning, nice colors over the Cam river I tried to capture on my way to work.

Es-tu alors plutôt un photographe-voyageur ou un voyageur-photographe ?

Je suis résolument avant tout un voyageur, avant d’être un photographe. Pour moi la photo  est un moyen, une interface pour découvrir, regarder, aller vers l’autre, discuter, échanger. Toutes les étapes du voyage me plaisent, de l’embryon de la destination qui me traverse l’esprit, à la construction, jusqu’à bien sûr le voyage en lui-même. « Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues… » (Joseph Kessel). Je partage entièrement cette vision, la première étape est probablement la plus magique, penser et imaginer où aller. La simple évocation de certaines destinations suffit à exalter mon envie de partir. D’autant que de nos jours il est assez facile de se rendre presque n’importe ou sur la planète. Voyager, aller à la découverte de ce qu’on ne connaît pas, apprendre à ne pas avoir peur de l’autre, apprendre à ne pas juger, avoir conscience de ce qui nous entoure, découvrir d’autres façons d’appréhender la vie. Voilà ce qui me plait.

Reflect

This is my second times in Scotland, first was in summer, but I wanted to discover the colours of winter's Scotland. Now it is done.
During a morning photowalk I could appreciate the brown colours of a sunny day.

Au début, ce sont tes mises en scène cinématographiques qui m’ont attirées chez toi. As-tu complètement délaissé le style pour le voyage ?

Non je ne l’ai pas délaissé, bien au contraire, j’aime ça de plus en plus, mais pour réaliser ses scènes-là, il faut au moins deux composantes majeures : un acteur et un lieu propice. Et ce n’est pas toujours facile d’avoir au moins ces deux conditions réunies. Par conséquent ce sont plutôt les occasions qui me manquent et notamment les acteurs. J’ai beaucoup de mal à trouver des gens pour poser avec tel où tel déguisement à tel endroit à tel heure (matin très tôt où couchant). Je deviens aussi plus exigeant pour ces scènes, ce qui rend mon choix des costumes et du lieu très restreint. Mais non je n’abandonne pas ce style là, j’attends juste la bonne opportunité.

Waiting moment..

That's a recent creative edit. This picture was in my brain for a while and I attempted to make it. The render is quite well in regards of my initial idea. Post-process was really hard here, I have made lot of sample to approach this final result. May be it's not optimal but nowadays I haven't other ideas about post-processing.
No action yet, it's just a waiting moment ; waiting for something ; but what..?

Quel est le meilleur conseil de photographe que tu pourrais donner à un débutant ?

Je ne pense pas avoir la stature ni l’expérience pour donner un « conseil » mais plutôt livrer mon opinion sur la découverte photographique. N’investis pas trop d’argent pour commencer, regarde avant tout si ça te plait, pourquoi ne pas commencer par un compact, si ça t’amuses de cadrer de saisir des instants mais si tu te sens limité alors passes au reflex d’entrée de gamme. Je suis convaincu que ce n’est pas le boitier numérique dernière génération qui fera de belles photos mais un œil exercé, donc va à des expositions photos, regarde le travail d’autres photographes et multiplie tes propres expériences dès que tu en à l’occasion.

Maiko with red umbrella

Maiko in Ponto-cho in Kyoto.

Et à un amateur passionné ?

Je suis moi aussi un amateur passionné, au sens où je ne vis pas de la photographie, que j’apprends toujours et j’espère que ça durera ainsi. L’état d’apprentissage constant est la seule manière de rester ouvert et sensible à ce qui nous entoure et donc qui peut permettre de saisir un instant en photo. Comme pour la précédente question j’attire l’attention sur le fait que le boitier ne fait pas la photo, mais un bon objectif et une aptitude à savoir cadrer et saisir l’instant. Pour cette dernière, seule l’expérience et l’entrainement quotidien seront payant. Mais le plus important à mon sens est de prendre du plaisir dans ce qu’on fait, inutile d’être publier au National Geographic pour être satisfait de son travail (bien que se soit valorisant c’est sûr).

Lord of the dale

Quite amazing meeting, with that deer into Glencoe (Scotland). With calm and time I can approach him very close, a few meters. This is quite scarce to do this kind of wildlife shot at 24mm.

Tu ne crois plus possible de vivre uniquement de la photographie de nos jours, pourquoi ?

Disons qu’aujourd’hui c’est plutôt difficile de vivre du métier de photographe. Certains y parviennent mais c’est de plus en plus rare et difficile pour la grande majorité. J’ai eu l’occasion de discuter avec des éditeurs de magasines de voyage-photo et ce qui ressort de la discussion c’est qu’aujourd’hui les amateurs « avancés » font d’aussi belles photos que le professionnel, sauf que l’amateur est beaucoup moins chère, il est partout dans le monde en nombre plus que suffisant pour alimenter les banques d’image. Donc les prix sont cassés, les photographes professionnels vendent du coup difficilement leurs photos. « Grâce » à internet il n’est plus nécessaire d’envoyer un photographe en mission à l’autre bout du monde, il suffit de trouver un amateur sur place qui fera le cliché et enverra le tout via email. Néanmoins il faut aussi faire la nuance qui s’impose entre les différents types photographiques, un photographe animalier peut partir en mission pour plusieurs semaines, possède un matériel onéreux, c’est le genre de contrainte qu’un non professionnel ne pourra que difficilement se permettre. La photographie de mode nécessite elle aussi quelques contraintes qui ne sont pas facilement accessible au non professionnel.

London 1888

1888, London in Whitechapel quarter. You can only hear the silent noise of snow falling slightly. Nobody in the street, nobody except Jack..
This shot was taken in Utrecht (Netherland).

As-tu quelques anecdotes à nous raconter ou une rencontre particulièrement forte qui t’as marquée ?

J’en ai un certain nombre, mais je vais en raconter une en lien avec une photographie. (photo man and the sulphur). J‘étais sur Java (Indonésie) depuis une semaine, et depuis plusieurs jours, j’accumulais le manque de sommeil et la fatigue. En me levant souvent aux aurores et en me baladant au grès de la lumière. Je ne devais pas avoir plus de 4 ou 5 heures de sommeil par nuit, ça s’est transformé un soir en fièvre et mal de gorge. Malheureusement le lendemain matin je devais me lever à 3 heure pour aller voir un volcan, encore une fois la lumière et les températures étant plus agréable à ces moments-là.
Après une courte réflexion je décidais d’y aller quand même : après tout descendre au fond de ce volcan c’était en partie pourquoi j’avais choisi cet itinéraire.

The man and the sulphur

This is the hard life chosen by this man, for a salary multiply by 5 in front of the current salary in Java. The fog of sulphur are extremely hard to bear it strongly stinging the throat and the eyes. Moreover he carry around 70 kg on his shoulder. In background we see the pure blue lake of sulfuric acid.

Finalement après 2 heures de trajet et une heure de montée, me voilà sur l’arrête du volcan Kawa Ijen. Mon mal de gorge et ma fièvre n’allaient guère mieux. L’idée était maintenant de descendre au fond du cratère pour voir le lac d’acide sulfurique. La question était maintenant de savoir s’il était sage de descendre en bas ? avec les vapeurs de souffre qui brulent la gorge et piquent les yeux, puis remonter le cratère et encore redescendre le volcan jusqu’à la voiture. Encore une fois, je ne viens pas ici tous les jours, alors je décidais de descendre. La descente fut assez facile malgré les quelques nuages de souffre qui obligèrent à s’accroupir et à chercher un peu d’air frais près du sol. La remontée fut par contre beaucoup plus rude, immergé dans un quasi constant nuage de souffre, trouver sa respiration ne fut pas chose facile. Mais une fois en haut je réalisais que mon mal de gorge ainsi que ma fièvre avait complètement disparu.

Mes anecdotes favorites ne sont pas liées à une photo en particulier mais aux rencontres et aux situations que tous voyageurs a pu rencontrer. Situations gênantes ou cocasses, rires, simples sourires échangés sont principalement pour moi des souvenirs plus précieux qu’une photo. Parfois ça m’est arrivé de ne pas prendre de photo d’un bon moment très scénique, juste parce que je ne voulais pas briser un bel instant.  Ca me permet de conclure comme je disais en introduction que définitivement je suis un voyageur avant d’être un photographe.

Une dernière chose à ajouter ?

Amusez-vous avec votre appareil c’est là l’essentiel, souriez…CLIC.

Bad meeting in forest

Imagine that you are sleeping in a wide forest after a hard trek. In the night you are awake by some light and some little noise quite freak out. You go out of your tent and with eyes half close, you see that....a man with a rifle standing in front of you with a big light, you can't discern his face, you just can see his breath....

Merci Romain pour nous avoir fait partager ton univers, ta passion et ton point de vue. Pour les intéressés voici le flickr de Romain alias RomImage

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2 réponses à ITW // Romain Chassagne : voyage, paysage et mise en scènes

  1. Un parcours d’homme et de photographe très cohérent. J’apprécie tout particulièrement, sous la citation de Kessel, la généreuse lucidité de sa pratique de voyageur photographe. « Apprendre à ne pas avoir peur de l’autre, apprendre à ne pas juger » : on devrait imprimer ça dans tous les manuels scolaires. On devrait se l’envoyer au biberon et en catéchèse. De très belles images aussi, où j’identifie en effet du Chiaroscuro, mêlé à une moderne culture filmique. Sinon, un coup de cœur tout à fait subjectif de ma part pour la belle mise en scène du Whitechapel de Jack : très peu de moyens mis en œuvre et cependant l’image annule le temps.

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