Dans l’Outback le long de la Stuart Hwy

Alors que s’est-il passé depuis que j’ai quitté les Grampians et l’état du Victoria ? Hé bien ça y est, je suis dans l’Outback, le Red Center, the Middle of Nowhere Down Under. Laissez-moi vous raconter :

Arrivé à Adelaide, j’ai voulu me trouver un compagnon de voyage, via Gumtree qui permet aussi bien de trouver une voiture, un job, de l’électroménager ou un partenaire. C’est comme ça que je suis tombé sur Alon, un Israélien. Et comme tout Israélien il voyage après son service militaire : 3 ans pour les hommes et 2 ans pour les femmes. De service militaire, pas de voyage.

Breakfast in the Flinders
Wanna some yoghurt ? Or do you prefer the Nutino ?

Nous nous sommes alors rendu dans les Flinders Ranges, qui est une très vieille chaine de montagnes érodées au Nord-Ouest d’Adelaide. C’est ainsi qu’on a eu notre premier aperçu de l’Outback, entre peintures aborigènes, vieilles ruines et chemin non carrossable (en tout cas pas pour le White Wombat). Alon fut un partenaire fort intéressant et on a eu de bonnes discussions en tout genre, politique, religion voire culinaire ! Ce fut un contact très enrichissant, une nouvelle fois.

Maison abandonnée
Une vieille bâtisse de Blinman

Après qu’il s’en fut retourné à Adelaide, j’ai rencontrée Guillaume et Anne-So, deux Français dans un wicked campervan et comme nous avions le même itinéraire, nous somme partis ensemble le long de la Stuart Hwy. John McDouall Stuart est le type qui a mené 6 expéditions pour tenter de traverser l’Australie du Sud au Nord et aujourd’hui une route nationale suit une de ses traces.
Et c’est à ce moment que je me suis (vraiment) rendu compte de l’immensité du territoire, lorsque le GPS m’a indiqué le prochain virage dans 1024km.
Au menu, une station essence toutes les 150km, des Road Train, ces immenses camions tirant jusqu’à trois remorques, des vaches ou des kangourous se décomposant sur le bord de la route et un terrain plat parsemé de buissons secs à perte de vue.
Vous l’aurez compris, il n’y a pas grand chose à faire dans ce dramatique coin de l’Australie, hormis le musée des missiles (quelques essais nucléaires ont sévi dans le coin, sans remords pour la communauté aborigène vivant ici) et faire le plein dont le prix s’incrémente à chaque station.

Welcome to Glendambo
Glendambo, une station-relais le long de la Stuart Hwy

On y croise cependant passablement de retraités qui font leur tour de l’Australie, et généralement ils sont en 4×4 trimballant la caravane, avec parfois la barque sur le toit, les vélos à l’arrière et l’écran plasma dans le living room.
La plus grande ville avant Alice Springs fut Coober Pedy, considérée comme la capitale de l’opale. Plantée dans la partie la plus aride de l’Outback, les premiers colons débarquant de la première guerre mondiale construisirent leur habitation sous-sol. Un peu comme des maisons de hobbits mais en vachement moins poétique. Aujourd’hui on peut visiter les galeries d’opales, un ou deux musées et même les églises taillées dans la roche.

Catacomb Church, an underground church in Coober Pedy
Catacomb Church à Coober Peddy

Les locaux sont soit sur la défensive et peu amènes, soit chaleureux jusqu’à ce qu’on dise « Non, je ne suis pas intéressé à acheter vos foutues, mais néanmoins très jolie opales ». Bref, ça change de la surf attitude
A 30km au nord, se trouvent curiosités qui valent le détour : The Dog Fence, une clôture de 5500km traversant 4 états et deux fois plus longue que la Grande Muraille de Chine, et les Breakaways. La première fut érigée pour tenir les dingos, les natifs chiens sauvages au Nord, à l’écart des moutons et du bétail au Sud. Patrouille, pièges et poisons sont disséminés avec pas tant de succès d’après ce que j’ai pu comprendre.

The Dog Fence, 5500km
The Dog Fence, la plus grande barrière jamais construite

Les Breakaways sont les vestiges de l’époque où une mer recouvrait les environs, avec le « mesa » au sommet dont les flancs érodés descendent jusqu’à la plaine qu’on connait aujourd’hui. Ce désertique mais spectaculaire décor se décline en nuance de banc, roux et ocre avec une végétation parsemée, réminiscence de la pluie du mois passé. Ici ont été tournés des films comme Red Plannet, Mad Max III, Priscilla, Queen of the Desert ou Ground Zero.

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The Breakaways

Depuis là, il restait encore deux jours de route avant d’atteindre l’objet de mon voyage, mon rêve d’enfant et le symbole de l’Australie : l’Ayers Rock, appelé à nouveau par son nom aborigène Uluru.
Au détour d’une colline, une grosse masse rocailleuse s’est détachée de l’aride plaine : il s’est avéré par la suite que c’était le Mt Conner, souvent confondu avec Uluru, mais l’excitation apparu et Uluru, le vrai, s’est révélé 80km plus loin. Nulle photo ne retranscrit l’immensité et la majéstuosité du roc, on a peut-être pu voir son image de nombreuses fois mais rien n’égal le spectacle sous nos yeux…
En fin d’après-midi, au soleil couchant, le rocher luit de son orange surnaturel avant de s’assombrir pour dormir. Les dégradés de couleurs dans le désert sont magnifiques, passant par toutes les nuances de jaunes, oranges, rouges jusqu’au bleu sombre. Lorsqu’Uluru se découpa en ombre chinoise dans la palette du couchant, les Kata Tjuta au loin, je su que je venais d’accomplir mon rêve.

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Pénombre sur Uluru – Kata Tjuta National Park

Il n’existe pas de mot pour décrire cette sensation, entre exaltation, ravissement et paix intérieur. Ce fut spirituellement intense et j’ai appris qu’on était en droit d’avoir des rêves et de se donner les moyens de l’accomplir. Et pour couronner ce moment magique et unique, la pleine lune, aussi rousse que les couleurs du Red Center se leva pile à l’opposé d’Uluru, venant nous saluer de sa forme parfaite.

Les Kata Tjuta se dressent à 35km de là, ou 5 jours de marche pour les Anangu, les propriétaires traditionnels des lieux. Signifiant « plusieurs têtes, 36 dômes s’élèvent du désert et proposent une magnifique randonnée au travers des couloirs formés entre les têtes, bien plus diversifiées que la marche autours d’Uluru. Je ne suis pas allé piétiné le somment, ni pris de photo des lieux sacrés conformément au voeu de la communauté locale.

Kata Tjuta - The Olgas
Kata Tjuta – The Olgas

A propos, je me sens toujours mitigé à venir visiter des lieux qui ont un aspect sacré et vénéré aux yeux des Aborigènes vivants toujours aux alentours. De même qu’on ne voudrait pas une horde de Japonais venant à un mariage ou un enterrement, je me sens irrespectueux d’arriver dans des lieux aussi symboliques en ayant aussi peu de connaissances sur la culture locale. Il est vrai que les vrais habitants de l’Australie ne partagent qu’une infime parcelle de leur savoir, ce qui est compréhensible : même entre eux, des secrets sont gardés entre hommes et femmes et seuls certains initiés, comme les Elders ont le droit de transmettre certaines histoires et légendes. C’est un peuple qui fut là avant les pharaons et qui transmettent leur culture de bouche à oreille, c’est pour cela qu’il existe si peu « d’art aborigène », ayant également renoncé traditionnellement à la possession matérielle.

J9 / La Carte Postale : Art aborigène
Peintures aborigènes

C’est une partie de ce que j’ai pu apprendre sur les Aborigènes, bien qu’il ne faut pas en faire une généralité de ces quelques 250 tribus différentes, chacune ayant leur culture, langue et rituels. Entre eux, ils ne se permettaient pas de traverser le territoire voisin sans en apprendre la langue, l’histoire, les lieux sacrés et les lois en vigueur. Une des parties la plus sombre du pays fut lorsque le Gouvernement autorisa à saisir les enfants métisses dans le but d’accélérer la disparition des Aborigènes et les plaçants dans des institutions ou des familles d’adoption en leurs interdisants même de parler leur langue pour les couper définitivement de leurs racines. Le Gouvernement formula des excuses en 2007.

Aujourd’hui je suis à Alice Springs et nombreux sont les Aborigènes qui errent dans la rue. Je ne sais pas quoi en penser, que faire et j’ai peine pour eux.

One of the brighter sunrise I've ever seen

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